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Lorsque l'on traverse le couloir dédié au français du Collège Trafalgar, on vit une expérience multisensorielle faite d'images de paysages, de sons, de textures, de saveurs et même de parfums naturels. Aucune des salles de classe ne ressemble à un lieu stéréotypé; elles sont chaleureuses et accueillantes. Les salles de classe, et même le couloir, témoignent de ce que Mme Mélanie Leblanc, enseignante de français langue seconde (FLS), qualifie de conception réfléchie visant à impliquer les élèves de façon authentique. «Nous utilisons une approche actionnelle», explique-t-elle. «Les élèves apprennent la langue tout en comprenant son utilité et ses liens avec la culture.»
Mme Leblanc est l’une des quatre enseignantes de français à Trafalgar. Elle explique que certaines des idées les plus innovantes du programme de français de Trafalgar sont nées d’une simple question: qu’attendent réellement les élèves de leurs cours de langue?
« Susciter la motivation des élèves pour la langue française et ses cultures est l’un des aspects les plus importants de mon rôle. »
Le département de FLS, sous la direction de Mme Patrizia Fanzone, s'est toujours posé la même question: de quoi nos élèves ont-elles besoin? Ces observations ont poussé le département à repenser ce que pouvait être l'enseignement du français. Tout repose sur la conviction que la langue et la culture se vivent.
«Susciter la motivation des élèves à découvrir la langue française et ses cultures est l'un des aspects les plus importants de mon rôle. Si je parviens à éveiller leur curiosité pour le français, cela facilitera grandement mon travail », explique Mme Leblanc. «Il est extrêmement important que les élèves s'intéressent au français si elles souhaitent vivre et travailler au Québec. Certaines élèves adhèrent déjà à cette idée, tandis que d'autres n'en sont pas encore là», poursuit-elle. Enseigner au secondaire ou au Cégep, c'est aussi essayer de faire évoluer la mentalité des élèves, pour que la mentalité passe de «je dois apprendre le français» à «je veux apprendre le français».
« On peut considérer l’apprentissage d’une langue seconde comme un cadeau ou une opportunité. »
«Mon objectif n'est pas nécessairement de devenir la meilleure amie de mes élèves», dit-elle. «C'est plutôt de devenir leur alliée, quelqu'un sur qui elles peuvent compter, quelqu'un qui les écoute et qui les considère comme des êtres humains à part entière.» Pour Mme Leblanc, c'est dans cette relation de confiance que l'apprentissage prend vraiment racine.
«Dans certains endroits, les gens n’ont pas la chance d’apprendre une deuxième langue et de terminer des études secondaires en étant véritablement bilingues. C’est un vrai cadeau», explique Mme Leblanc.
Ce souci de motiver les élèves guide le travail du département depuis des années. «Nous utilisons une approche actionnelle; les élèves apprennent la langue dans des contextes de la vie réelle. Cette approche inspire bon nombre de nos projets», explique Mme Leblanc. La galerie sensorielle sur les arbres dans le couloir en est un bon exemple. Tout a commencé avec la passion de Mme Fanzone pour l'environnement et d’une unité abordée en 2e secondaire sur l'importance des arbres, développée en collaboration avec le département de sciences. De là, le projet a pris de l'ampleur, faisant appel aux cinq sens. Les murs sont recouverts d'images et d'histoires célébrant les arbres locaux, de descriptions de projets dans lesquels les élèves ont créé des objets fonctionnels comme des casse-têtes en bois ou des coussins, et d'une unité Mon Montréal sur les ruelles vertes. Plus loin, les visiteurs peuvent toucher des objets naturels comme de la mousse, des glands et de l'écorce, goûter à de l'eau d'érable, respirer les arômes de la forêt et écouter le chant des oiseaux. «Récemment, nous avons collaboré avec les départements de sciences et d'arts visuels sur des modules s'étendant sur parfois des trimestres entiers», explique Mme Leblanc.
Ces projets laissent de la place au choix, et c'est voulu. Plus les élèves ont leur mot à dire, plus elles sont engagées. «Nous avons davantage intégré la conception universelle de l’apprentissage (CUA) dans notre travail afin de pouvoir atteindre toutes nos élèves, peu importe leur niveau. La différenciation s’est également beaucoup développée ces dernières années, ce qui offre des approches plus flexibles, donnant aux élèves une autonomie et un choix dans leur apprentissage en fonction de leurs forces et de leurs défis particuliers.» Mme Leblanc poursuit en disant: «En général, nous menons un projet où tout le monde peut participer, avec des objectifs communs pour toutes les élèves et de la différenciation pour les élèves qui en ont besoin.»
«Les élèves ont beaucoup plus leur mot à dire dans le choix de ce qu'elles vont apprendre et sur la manière dont elles y arriveront.»
«Nous concevons des projets en pensant aux élèves ou à une cohorte en particulier et en nous posant des questions: est-ce que ce groupe apprécierait vraiment ce projet? Est-ce qu'elles pourront évoluer avec le projet? Les élèves ont finalement beaucoup plus leur mot à dire dans le choix de ce qu'elles vont apprendre et sur la manière dont elles y arriveront.» Mme Leblanc a donné l'exemple d'un projet de 4e secondaire réalisé dans la classe de Mme Fanzone où les élèves choisissent elles-mêmes leur projet créatif. «Les élèves ont le sentiment de s’approprier leur projet», a observé Mme Leblanc. Le programme de français à Trafalgar reflète les passions des enseignantes qui l'ont bâti. Par exemple, Mme Fanzone y apporte son amour de l'environnement et Mme Bouffard sa passion pour l'histoire.
Le programme Mon Montréal est né d'une observation simple. Une enseignante avait demandé aux élèves de soumettre des images pour un travail et avait reçu des photos de villes partout en Amérique du Nord, mais presque aucune d’entre elles n’était de Montréal. Toutes les deux semaines, les élèves de 3e secondaire se rendent maintenant dans un quartier de la ville pour découvrir leur communauté de manière concrète et authentique.
«L'une des enseignantes fondatrices de Mon Montréal enseignait le français langue seconde et univers social, tandis que l'autre enseignante, Mme Gaulin, était passionnée par les arts et la culture; ce fut donc un véritable moment de création», explique Mme Leblanc. «L'école cherchait en parallèle des moyens de développer des initiatives de bénévolat dans la communauté, ce qui a mené à la création du partenariat avec Famijeunes en 2018. Famijeunes est un organisme à but non lucratif de Saint-Henri dont la mission est de soutenir les familles avec de jeunes enfants en situation d'insécurité alimentaire et d'isolement. Cette initiative fait partie intégrante du programme de 3e secondaire, les élèves menant l'initiative pour l'ensemble de l'école. Ces projets, Mon Montréal et Famijeunes, évoluent constamment pour refléter les forces et les intérêts de chaque cohorte.»
«Beaucoup de nos choix sont motivés par le changement, ou par l'actualité et ce que nous observons dans le monde. Cela inspire également les élèves.», a-t-elle conclu.
« Nous voulons créer un sentiment de joie. »
La semaine dernière avait lieu la «semaine francoFun» à Trafalgar, une initiative lancée il y a quelques années pour célébrer le français et lui donner plus de place dans notre école. À l'heure du diner, des élèves s’installent à la console du DJ avec leur sélection de meilleures chansons francophones. Des activités artistiques animent les couloirs et un défi entre les maisons vient pimenter la semaine. «Nous voulons créer une ambiance joyeuse et festive. Nous souhaitons avoir plus de visibilité au sein de l'école et faire en sorte que la langue française fasse partie intégrante de l'école. Je dirais que nous avons accompli cette mission. Cela nous occupe depuis quelques années et nous voulons poursuivre dans cette voie.» Elle ajoute: «Nous voulons continuer à l'améliorer et à développer de nouvelles idées.»
«Quand je vois une élève motivée pour le français, c'est là que je trouve ma récompense», dit Mme Leblanc. «Ça n'arrive pas toujours, mais j'ai le sentiment de contribuer à quelque chose de plus grand.» Pour le département de français de Trafalgar, c'est ce moment qui donne tout son sens au travail.
From Noticing to Acting: Trafalgar's French Department Motivates Students to Learn
Walking through the hallway of Trafalgar School for Girls' French wing, you encounter a sensory experience of natural sights, sounds, tastes, touch and even scents. None of the dedicated French classrooms looks stereotypical either; they are warm and inviting. Together, the hallway and the classrooms are evidence of what French as a Second Language (FSL) teacher, Mélanie Leblanc, describes as a purposeful design to engage students authentically. "Generally, we're using an action-based approach to language teaching and learning," she explains. "Students are learning the language to use it in real-life contexts."
Mme Leblanc is one of four French Language teachers at Trafalgar. She explains that many of the ideas shaping Trafalgar's French program began with a simple question: What do students actually need from their language classes?
“Sparking students’ motivation to learn about the French language and culture is one of the most important aspects of my role.”
The FLS Department, under the headship of Mme Patrizia Fanzone, has always asked the same question: what do our students actually need? Those observations pushed the department to rethink what French teaching could look like. Language and culture are meant to be lived.
For Mme Leblanc, that starts with curiosity. “Sparking students’ motivation to learn about the French language and its cultures is one of the most important aspects of my role. If I can get them curious about French, it makes my job a lot easier,” Mme Leblanc says. “It’s hugely important to have students interested in French if they want to live and work in Quebec. Some students are already on board with this, and some students are not there yet,” she continues. When you're teaching in a high school or CEGEP setting, you are trying to shift a student’s mindset from ‘I have to learn French,' to 'I want to learn French.’
“We can see second language learning as a gift or an opportunity.”
"My goal isn't necessarily to become my students' best friend," she says. "It's more about becoming their ally, someone they can rely on, someone who listens to them and considers them as whole human beings." For Mme Leblanc, that relationship of trust is where learning really takes root.
“In some places, you don't get to learn a second language and complete high school being truly bilingual. It really is a gift.” Mme Leblanc explains.
This concern for motivating students has guided the department's work for years. "We use a lot of action-based learning strategies. That's where students are learning the language in real-life contexts. This approach inspires a lot of our projects," says Mme Leblanc. The Sensory Tree Gallery in the hallway is a good example. It began with Mme Fanzone's passion for the environment, a Secondary II unit on the importance of trees developed alongside the science department. From there, it grew into something bigger, engaging all five senses. The walls are lined with images and stories celebrating local trees, student descriptions of functional creations like wooden puzzles and cushions, and a Mon Montréal unit on green alleys. Further along, visitors can handle tactile natural objects like moss, acorns and tree bark, sip maple water, breathe in the scents of the forest, and listen to birdsong. "Recently, we've been working with the Science and Visual Arts departments with some units spanning entire terms or even the entire school year!" says Mme Leblanc.
These projects leave room for choice, and that's intentional. The more students have a say, the more they are engaged. "We've integrated more Universal Design for Learning (UDL) into our work to be able to reach all of our students, no matter their level. The differentiation aspect has also developed a lot over the past few years, meaning that lessons are more flexible, giving students agency and choice in their learning, depending on their individual strengths and areas of challenge." Mme Leblanc continues: "Generally, we'll do a project that everyone can get involved in, with common goals for all students and differentiation for those who need it.
"Students have much more of a voice in deciding what and how they are going to learn."
"We'll design projects with the students or a cohort in mind, like, this year, would this bunch really enjoy this project? Would they be growing with this project? The students end up having much more of a voice in deciding what and how they are going to learn." Mme Leblanc gave an example of a Secondary IV project done in Mme Fanzone's classroom, where students choose their own creative assignments. "The students feel a sense of ownership over their project," observed Mme Leblanc. The French program at Trafalgar reflects the passions of the teachers who built it. For example, Mme Fanzone brings her love of the environment, and Mme Bouffard her passion for history.
Mon Montréal was born from a simple observation. A teacher had asked students to submit images for an assignment and received photos of cities from across North America, but almost none of them were from Montreal. Now, every two weeks, Secondary III students head out into a neighbourhood of the city to discover their community in a concrete and authentic way.
"One of the Mon Montréal founding teachers was an FLS and social studies teacher, while the other founding teacher, Mme Gaulin, loves arts and culture, so it was a really great moment of creation," says Mme Leblanc. "The school was simultaneously looking for ways to develop community service opportunities, which led to the creation of the Famijeunes partnership in 2018. Famijeunes is a non-profit organization in Saint-Henri whose mission is to support families with young children experiencing food insecurity and isolation. It is an integral part of the Secondary III program, with the students leading the initiative for the entire school. These projects, Mon Montréal and Famijeunes, are ever-changing to reflect the strengths and interests of each cohort."
"A lot of things are driven by change, or by the news and what we're seeing in the outside world. We call it 'actualité' in French, and it's also inspired by the students. They give us a lot of ideas," she concluded.
“We want to create a sense of joy.”
Last week was semaine francoFun at Trafalgar, an initiative launched a few years ago to celebrate French and give it more of a presence in school life. At lunch, students take their place at the DJ booth with the best francophone songs. There are artistic activities and a House challenge to keep things lively. "We want to create a joyful and festive atmosphere. We want more visibility at the school and to make French a real part of school life. I would say we've accomplished that mission. It's been keeping us busy for a couple of years, and we want to keep it going." She adds, "We want to keep improving it and building on some new ideas too.”
"When I see a student light up about French, that's where I find my reward," says Mme Leblanc. "It doesn't always happen, but I feel like I'm contributing to something bigger." For Trafalgar's French department, that moment is what gives the work its meaning.